La cocaïne, ses enjeux politiques et économiques

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(Chaque mot souligné est défini dans l'onglet Lexique)

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1) La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne

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En 2004, le pays le plus producteur de coca se trouve dans la région Andine. La Colombie arrive en tête, suivie du Pérou et de la Bolivie. En Colombie, la culture de la coca est la résultante de deux facteurs essentiels, celui d’une terre très fertile et celui de l’extrême pauvreté des paysans ou cultivateurs de coca. Car ce dernier est loin d'être le bénéficiaire principal du trafic. Le narcotrafic s’est développé dans le contexte d’une crise économique généralisée dans les pays latino-américains. Ce dernier a eu la possibilité de se développer grâce aux prix des matières premières qui ne cessaient de diminuer et à la restructuration politique dans les années 1980.

C’est en profitant de la non-réaction, voire de la complicité de la classe politique que les narcotrafiquants colombiens ont établi plusieurs réseaux qui leur ont permis de devenir les premiers producteurs de cocaïne latino-américains vers la fin des années 1980. Apparaît alors un problème de taille lorsque les narcotrafiquants entendent jouer un rôle politique, forts de leur pouvoir économique. Ce désaccord entre les narcotrafiquants et l’Etat débouche sur une véritable guerre, d'autant plus que l’Etat envisage l’extradition de ces derniers.

 

Carte géographique de l'Amérique du Sud

Carte géographique de l'Amérique du Sud - dont les pays Andins - 

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• Un trafic soutenu par les armes

Si dans les années 1970, la culture et le commerce de drogue concernaient principalement la marijuana, nous constatons dans les années 1980, une intensification de la commercialisation de la culture de coca.

Pendant de très longues années, l’injection de plusieurs millions de dollars générés par l’activité du trafic de drogue va permettre l’émergence d’une nouvelle classe sociale. Les militaires, paramilitaires, groupes de guérilla, membres du Parlement et certains membres du gouvernement bénéficieront des revenus du narcotrafic.

Mais seuls les groupes armés illégaux (guérilla) décident des « affaires »  et des prix de la base de la coca, et par la suite, réalisent le traitement et la vente du chlorhydrate de cocaïne.

 

 

 

 

La culture de coca dans la région Andine sur la période 1994 - 2004 (en hectares)

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D'après ce graphique nous pouvons constater une certaine mouvance entre les trois pays producteurs principaux de coca. Sur la période 1994 - 2004, il n'y a pas un unique pays qui domine les autres, en détenant plus d'hectares de terre. En 1994, le Pérou était en  tête en destinant 108 600 hectares à la culture de coca. Puis petit à petit, nous pouvons observer une réduction des terres destinées à cette culture. En 1996, la Colombie prend la place du Pérou, avec "seulement" 79 000 hectares destinés à la culture de coca contre 45 800 hectares pour la Bolivie, classée en dernière position. Alors que sur la période 1996 - 2000, la superficie terrienne destinée à ce trafic ne cesse de croître en Colombie, alors que la Bolivie connaît une forte diminution de cette dernière. (La Bolivie passe de 48 100 hectares en 1996, contre 14 600 hectares 2000, soit 30% du total des terres cultivées en 1996). En somme, la Colombie demeure le premier pays producteur de coca jusqu'en 2004 (d'après ce graphique), avec cependant une diminution progressive de la superficie de ses cultures. Le Pérou subsiste en seconde position avec une fluctuation positive ou négative selon les années. Enfin, la Bolivie se situe en dernière place avec une tendance depuis 2000 à intensifier sa production de coca.

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• Conflit armé

L’espoir d’une paix durable s’estompa à partir de 1948 lorsque la Colombie vécut le 9 avril de cette même année l’assassinat du leader libéral Jorge Eliecer Gaitán, politicien très populaire, candidat à la présidence. La violence réapparut cette fois-ci avec une force inouïe. En réponse à la violence du gouvernement conservateur de droite, apparaît dès lors des guérillas libérales de gauche et le Parti Communiste (PC), (les conservateurs, étaient partisans d’un système centralisé de gouvernement, alors que les libéraux favorisaient une grande autonomie pour les provinces). Ces deux camps s’affrontaient aussi pour des motifs idéologiques : les conservateurs défendaient les droits et les propriétés de l’Église catholique, alors que les libéraux voulaient diminuer l’influence de cette dernière, jugeant qu’elle était nuisible au développement du pays. Entre 1948 et 1960 on calcule que la Violencia (nom donné officiellement à ce phénomène) fit près de 300 000 victimes, environ 2% de la population du pays.  Dans les années 1960, la Colombie proclama la fin de la Violencia. Les deux partis, conservateurs et libéraux, choisirent de faire la paix et de créer un système d’alternance au pouvoir, après avoir délogé le général Gustavo Rojas Pinilla, dictateur entre 1953 et 1957. Mais ce pacte n'a pas durée longtemps car en 1964, le parti communiste colombien propose de restructurer un appareil armé révolutionnaire en formant les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) préconisant une politique d’autodéfense de masses.

En 1966, le Parti Communiste Colombien est rebaptisé Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Depuis 1980, ce parti politique perçoit des financements, par l’impôt prélevé sur la culture de coca, et par la politique d’enlèvement contre rançon.

 

L’armée de libération nationale (ELN) commence pour sa part à opérer en 1965. Le refus de la compagnie pétrolière Ecopetrol de s'acquitter de l'impôt révolutionnaire a conduit l'ELN à inaugurer une forme de terrorisme économique en s'attaquant à l'oléoduc Cano Limon-Covenas. L’ELN trouve principalement son financement dans « l’impôt de guerre » auprès des compagnies pétrolières étrangères. De la même façon que les FARC, elle pratique l’enlèvement contre rançon.

 

Drapeau de l'ELN

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A partir des années 1960 apparaissent des groupes paramilitaires, qui deviendront quinze ans plus tard le bras armé des narcotrafiquants, en plus de l’armée, pour mener la « guerre sale ». Après s’être réunis en 1997 au sein des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), les groupes paramilitaires se sont de nouveau dispersés, et certains groupes d’un commun accord avec le gouvernement ont négocié pour terminer leur action.

 

En 1998, suite au cinquante années de guerre civile, le président Pastrana renoue le dialogue avec les FARC, et leur accorde une zone démilitarisée de 42 000 kilomètres carrés qui permettait la reprise de négociations. Cette action a été nommée « le processus de paix ». Les FARC ont utilisé cette zone pour réfugier leurs combattants, pour cacher leurs kidnappings, et ont établi sur cette même zone  le centre de production et exportation de cocaïne. Les négociations entre le gouvernement et les FARC n’aboutissant à aucun résultat, cette zone a été fermée au début de l’année 2002.

 

Encore maintenant, les AUC, mais aussi par les mouvements de guérilla, commettent des violations massives des droits de l’homme. Elles touchent toute la population et, spécialement, les communautés qui refusent d’être prises dans la guerre. Malgré tout, des dizaines d'organisations donnent à manger à des enfants, s'occupent des personnes déplacées ou rééduquent des mutilés de guerre. Mais de telles mesures restent beaucoup trop insuffisantes.

 

Le gouvernement Colombien, avec la collaboration des Etats Unis, a accusé la plupart des chefs des FARC et AUC, de narcotrafique et de terrorisme. (super mais inutile)

 

• Les « mules » du trafic

 

 

Une femme, appelée "mule" devant plusieurs dizaines de boulettes de cocaïne (photo tirée du film, Marie, pleine de grâce)

 

 

Chaque jour, des personnes appelées des « mules » risquent leur vie en ingérant de la drogue dans le but de l’acheminer vers une destination précise. Ce trafic implique des personnes de tout âge et de différentes nationalités. Plusieurs transporteurs, prénommés encore « bouletteux » (dût aux boulettes de drogue qu ‘ils ingèrent) prennent un même vol aérien pour assurer la réussite d’au moins un passage. Ces derniers sont parfois « démasqués » et arrêtés aux frontières. Ils peuvent transportés jusqu’à 1kg de drogue par voir orale. C’est avec la promesse de beaucoup d’argent, leur naïveté, leur situation sociale et l’espoir d’une vie meilleure, que ces transporteurs acceptent cette pratique en dépit de la sécurité de leur vie et de leur liberté. Cependant, le gouvernement Colombien fournit beaucoup d’efforts pour communiquer sur la lutte du narcotrafic. Les individus rejoignants les réseaux de narcotrafic ne peuvent plus faire marche arrière, sinon ils se voient menacés de mort, et exposent dangereusement la vie de leurs proches.

 

2) Le circuit du narcotrafic 

 

On désigne le terme de narcotrafic pour le trafic de stupéfiant. Le circuit du narcotrafic est une longue chaîne composée de différents maillons qui ainsi commercialisent la drogue, la cocaïne.

Le premier maillon de la chaîne est le producteur de coca. Il cultive la coca sur ses terres et récolte les feuilles de la plante. Puis il vend sa récolte aux seconds maillons de la chaîne c’est à dire à ceux qui possèdent des laboratoires clandestins et qui vont transformer les feuilles de coca en poudre blanche.

 

C’est alors que nous n’utilisons plus l’appellation de « coca » mais de « cocaïne ». A la sortie des laboratoires commence alors la diffusion et la commercialisation du produit sur le marché illicite de la drogue. La marchandise est acheminée aux quatre coins du monde grâce aux transports modernes, par bateaux, par avions, pour les longs trajets et puis le train, les taxis et les voitures, pour des trajets de courte distance à l'interieur d'un pays. 

Le réseau des trafiquants Colombiens livre la marchandise achetée par le réseau des trafiquants de drogue français. Puis, le réseau français fournit tout son réseau de « subordonnés »  présents dans chaque grande ville. Les dealers des grandes villes revendent aux petits dealers de quartier et de campagne, la drogue circule de mains en mains et ainsi arrive jusqu’aux consommateurs.

Il faut savoir que chaque maillon de la chaîne du narco-trafic de la cocaïne se prend une marge sur le prix du gramme. De cette façon, nous arrivons à des prix très élévés  (environ 50 à 70 euros / g) par rapport à son prix initial.

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• La coopération entre l’Union Européenne et la Colombie

 

L’UE porte un intérêt grandissant à la Colombie et à l’Amérique du Sud. Voici un extrait d’une intervention parlementaire de l’UE : « L'UE a une gamme d'intérêts en Colombie, qui vont du commerce et investissement économique jusqu’aux problèmes de la production et commerce de drogues, les réseaux criminels, le terrorisme, la migration et le conflit interne qui prend une dimension régionale. Nous sommes très troublés par les abus sérieux et en continu des droits de l'homme et la situation insécurité de beaucoup de Colombiens qui exigent notre pleine solidarité avec les personnes colombiennes. Par conséquent notre objectif stratégique est de réaliser une paix durable. La recherche d'une solution négociée est la pierre angulaire de notre stratégie vis-à-vis de la Colombie. Il n'y aura aucune solution purement militaire à ce conflit ».

Le soutiens de l’UE n’est pas seulement économique mais s’inscrit également dans une optique de développement soutenable et dans des travaux de cohésion sociale. Pour poursuivre ces objectifs, l’UE à recourt à plusieurs instruments tels que :

- la diplomatie active,

- le soutien des initiatives internationales que stimulent les processus de paix en Colombie,

- le contact permanent avec le gouvernement colombien,

- le régime commercial favorable accordé aux exportations colombiennes avec l’intention de favoriser le développement économique,

- l'aide au développement social et industriel.

La Commission Européenne a consacré 136 millions d’euros entre 2001 et 2003 dans l’implémentation de ces projets en Colombie.

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• La coopération franco-colombienne en matière de sécurité intérieure

L’action européenne procède à une approche différente de la lutte contre les stupéfiants, en promouvant l’aide au développement alternatif, le renforcement des capacités opérationnelles et la réduction de la demande. Elle n’est donc en rien comparable à celle des Etats-Unis, que ce soit en raison de son niveau plus modeste ou de sa nature même. Produite dans la région des Andes c’est à dire en Bolivie au Pérou et en Colombie, la coca et les feuilles de coca deviennent de la cocaïne dans les laboratoires clandestins installés très souvent dans des zones arriérées ou même en pleine jungle. Ce sont des laboratoires de fortune. Puis, la marchandise est transitée par les Caraïbes, l’Amérique centrale et le Mexique avant de pénétrer aux Etats Unis qui est le premier consommateur mondial. Pour le continent européen, le transport de la cocaïne se fait par bateaux et arrive par les différents ports d’Espagne, du Portugal ou des Pays-Bas. Quelques fois la marchandise peut faire escale dans certains pays de la côte atlantique de l’Afrique.

 

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Production et flux de drogue dans le monde en 2004

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D'après cette carte, en 2002 et 2004, on découvre plus de 550 laboratoires produisant des drogues chimiques en Australie et en Nouvelle-Zélande.  La  Russie, la Pologne et le Pérou comptent à leur actif plus de 300 laboratoires découverts à ces même dates. De plus, cette carte confirme qu'en 2004, la région Andine est la source primaire du trafic de cocaïne, les flèches de couleurs vertes  représentent les flux d'exportations vers différentes directions, soit des zones d'échanges, soit des zones de consommation (telles que les Etats-Unis et l'Europe. Notons également la zone Australie - Nouvelle-Zélande). Nous pouvons remarquer, que l'Europe est une des principales zones de consommation, beaucoup de flux d'exportation de cocaïne arrivent dans ce continent. L'Europe elle-même détient plusieurs laboratoires de drogues chimiques.

 

3) Les répercussions de ce trafic sur les pays producteurs et consommateurs

 

• Le trafic de cocaïne dans l’Union Européenne

L’Europe aujourd’hui, après les Etats-Unis, est le deuxième plus gros consommateur de cocaïne. Chaque année cette part dans la consommation s’accroît. Les experts internationaux estiment à près de 1000 tonnes la production mondiale de cocaïne. La quantité du produit en provenance d’Amérique Latine, ne cesse de croître sur le marché européen et dépasserait actuellement 200 tonnes.

Le grand trafic en direction de l’Europe est maritime, et aboutit principalement en Espagne sur les côtes de Galice, au Portugal, ainsi qu'aux Pays-Bas dans le port de Rotterdam. En parallèle au trafic maritime, s’opère un trafic aérien effectué par des petits porteurs (ou mules).  

Pour la France, l'ensemble des saisies de cocaïne effectuées en 2003 s'élevait à 4 173 kg, soit 14% de plus qu'en 2002, mais reste très inférieur à celles, dix fois plus importantes, opérées en Espagne (46 tonnes en 2003). Le banditisme français s'est lui aussi impliqué, de longue date, dans ce trafic.

Un dialogue politique sur le combat commun contre les drogues s’est effectué au cours des vingt dernières années entre l’UE et les cinq pays Andins (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou et Venezuela). 

Le problème que pose le narcotrafic est de nature socio-économique. Il ne résulte pas d’un « choix de vie » mais permet tant bien que mal à des dizaines de milliers de paysans de la région Andine de survivre. La politique de lutte contre la drogue, emploie une politique d’épandage aérien de produits chimiques destinés à détruire les cultures de coca et de pavots. Mais  cette politique détruit également les cultures de subsistances. La politique d’épandage pousse les paysans au désespoir et au plus profond de la misère.

Apparaissent alors des programmes de développement des cultures alternatives et soutenables à la production de coca. En Colombie le programme s’intitule « laboratoires de paix ». L’aide au développement de la région Andine est principalement financée par l’Union Européenne (UE). Financièrement parlant, la Communauté Européenne (CE) a aidé sur la période 2002-2006 la région Andine, avec un apport de 420 millions d’euros par an.

 

 

La situation sociale en Colombie est catastrophique. Depuis 1948, subsiste une guerre civile qui se voit renforcée pas un énorme budget issu du trafic de produits illicites. Le trafic de droque apporte la violence, le déplacement de la population, la violation des droits de l’homme, dans des proportions qu’aucun pays du monde ne peut égaler. Le conflit armé ne peut pas se résoudre avec la force. Il faut donc en premier lieu améliorer la situation sociale et économique du pays pour créer un développement soutenable. La guerre cessera lorsque les acteurs armés n’auront plus le soutien d’une population terrorisée. C’est alors que pourra s’établir un dialogue. Mais il y a peu d’espoir car le budget des FARC est important et supérieur à celui des forces armées. Les FARC peuvent, en pleine jungle, construirent des aéroports et autoroutes, de plus les commandants narco-terroristes bénéficient d’un grand confort. Les FARC rassemblent, dans leur réseau international, toutes les mafias les plus importantes. Ils n’ont aucun respect pour la vie ou les droits de l’homme et surtout, il n’y a plus aucune conviction politique ou idéologique derrière ses actions. Nous pourrons faire face à cette crise, uniquement si l’on instaure des solutions durables.

 

 

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